L’e-inclusion

Sensibiliser au numérique par des objets culturels populaires

Les partenariats traditionnels avec des établissements culturels -ici la Scène Nationale d’Évry- posent la question des publics en termes de fréquentation ; or nous ne savions pas parler aux nouveaux publics (ou non public, selon la terminologie en vogue) : les étudiants en TIC, les Geeks ou les afficionados des cultures numériques tardaient à rejoindre les spectacles et plus encore les expositions SIANA.
Parallèlement, les spectateurs « traditionnels » du Théâtre ne réussissaient pas à identifier les propositions hybrides, trans-médias ou les expositions ludiques ou conceptuelles des artistes numériques. Nous avons alors choisi de concevoir des rendez-vous « inter-Biennale » avec des partenaires locaux pour mieux connaître leurs savoirs faire et leurs réseaux entre Éducation populaire (MJC, médiathèques, Centres socioculturels…) et pratiques émergentes (club linux, Petits Débrouillards, associations d’étudiants en TIC…).

En 2012, nous inspirant des réseaux sociaux, nous souhaitions constituer de petites communautés éphémères autour de sujets populaires : le jeu vidéo d’abord et la disparition du Minitel ensuite.
Face au succès de ces rendez-vous, nous avons engagé de nouvelles propositions de médiations ludiques lors des visites de l’exposition de la Biennale de 2013 et cherché des financements adéquats pour poursuivre ce travail, à l’automne de cette même année.

C’est dans ce sens que nous avons sollicité le soutien du Conseil Régional dans le cadre de son programme e-inclusion. Il vise à sensibiliser des publics dits « éloignés des cultures numériques » à ces problématiques, qui influent aujourd’hui sur l’ensemble de notre vie quotidienne ; cet appel à projet nous permettait d’explorer ces missions sur des temps plus longs avec des objectifs d’empowerment.

Nous avons ainsi dressé plusieurs constats sur les cultures numériques :

  • Elles ne se transmettent pas de façon traditionnelle ; elles sont souvent transverses à plusieurs savoirs, suscitent des coopérations intergénérationnelles et se fabriquent plutôt en petits groupes
  • Les apprentissages nécessitent des allers/retours entre la pratique et la théorie, les objets et leur environne-ment mais aussi de nombreux débriefing autour des usages
  • Elles se construisent entre savoirs, intuitions et expérimentations ; à ce titre, les frontières de la créativité entre le monde des ingénieurs et celui des artistes s’effacent pour donner lieu des collaborations inédites. Sur ce dernier point, c’est bien la capacité des artistes à susciter du désir et de l’individuation qui nous a amené à les mettre au cœur de notre proposition.

A travers ce programme, comment se conjuguent la création numérique et le lien social ?

S’inspirant d’objets numériques populaires, l’équipe de Siana travaille avec divers groupes, issus de Maisons de quartiers et d’associations évryennes de migrants ou encore de retraités. Nous souhaitons leur permettre de se (ré)approprier ces objets pour en créer leurs usages, leurs pratiques. Il s’agit de les aider à mieux communiquer avec leur entourage et leurs communautés, à mieux s’insérer dans leur environnement, à leur ouvrir de nouvelles perspectives culturelles.

Comment cela se traduit-il concrètement ?

Notre réflexion autour du programme e-inclusion de Siana a permis de construire des approches complémentaires pour les participants : ateliers de pratique, visites d’exposition et de lieux de références en Ile de France, ainsi que des rencontres avec des artistes. Ces trois actions transversales permettent aux participants du programme d’acquérir une vision globale et approfondie de l’objet abordé et s’incluant dans une dynamique d’émancipation : découvrir des lieux qui parlent du numérique et de notre société technologique, discuter avec des personnes qui en font leur métier, avant de créer leur propre objet dans une logique collaborative.

Le programme e-inclusion de Siana se structure autour de plusieurs objets numériques populaires :

  • Fabrication de blogs, de web­journaux ou de wiki locaux : support d’expression et de partage, de témoignage et de mémoire
  • Géolocalisation participative : s’approprier son territoire, en découvrir les richesses et les ressources (circulations douces, jardins, services) ; s’imprégner de son histoire architecturale et artistique, pour vivre et comprendre son espace urbain de sociabilisation autrement
  • « Do It Yourself » : culture du savoir-faire individuel comme pratique créative à partager et à revendiquer ; créer des objets et des outils de savoir, les diffuser, les alimenter, faire vivre une communauté autour d’une passion commune…
  • Jeux vidéo : aborder cet objet de consommation populaire du point de vue de la création et de son référentiel artistique ; comprendre ce support culturel par le spectre de l’activité professionnelle liée au territoire (écoles d’ingénieurs du territoire d’Evry)
  • Vidéo : concevoir des séquences audiovisuelles pouvant illustrer artistiquement une pratique ou une action en lien avec une dynamique locale ou territoriale
Comment ce programme s’inscrit-il dans le fonctionnement de Siana ?

Les actions e-inclusion s’accordent à la programmation des manifestations Siana pour valoriser au mieux la découverte du numérique mais aussi le lien intergénérationnel. Ces actions font se croiser enfants, préadolescents, parents et grands-parents. Cet axe intergénérationnel et interculturel est une ressource sociologique forte, permettant d’analyser des comportements et des actes significatifs et ainsi de mieux appréhender la « fracture numérique ».

En 2014, Siana a créé le premier Salon du Blog, afin de rendre visibles les différentes créations que les groupes formés ont conçu lors des ateliers et des visites. Les groupes ont pu rencontrer des professionnels de l’Internet invités pour l’évènement et échanger sur leurs pratiques et leurs motivations.

La Biennale et les Parenthèses SIANA sont également des temps événementiels forts pour notre association, ce qui permet de développer des projets de médiation d’envergure.
Lors de la Parenthèse TECHNOCITE, qui s’est tenue en juin 2014 autour de la thématique de la ville connectée, Siana a ainsi mis en place des sessions de « chasse au trésor géolocalisée » grâce à une application mobile recensant l’ensemble des œuvres artistiques et architecturales dans la ville d’Evry.
Accordant une importance toute particulière à la création vidéoludique en lien avec la ressource vive en ingénierie informatique sur le territoire essonnien, la sixième Biennale SIANA a proposé un stage de création de machinimas durant les vacances d’avril 2015. Les ateliers se sont déroulés dans un cinéma partenaire de Ris-Orangis et étaient accompagnés de films mettant les lumières les influences entre cinéma et jeu vidéo.

Quelle évolution pour ce programme e-inclusion ?

Notre programme 2015-2017 a pour objectif de travailler avec de nouveaux groupes, selon ce format, et d’approfondir les actions avec les groupes déjà constitués, en s’adaptant au plus près des centres d’intérêt et des questionnements de chacun. Les réalisations seront ainsi pensées autour d’un projet fort, permettant de croiser les différents objets sélectionnés, tout en leur donnant un sens partagé. Ainsi, l’association de migrants Génération Femmes, basée dans le quartier des Pyramides à Evry, développe à nos côtés un projet de blog collaboratif pour témoigner et communiquer l’ensemble des activités, des découvertes effectuées au sein de cette structure. Un exemple concret et constructif, permettant d’aborder le numérique comme un moyen de partage et de valorisation sociale.

Siana s’attache à construire un regard critique et sociologique sur ce projet de médiation afin de l’adapter et de créer un format reproductible avec de nouveaux partenaires.
En effet, le travail d’accompagnement passe aussi par des actes de socialisation liés au quotidien des participants. Par conséquent, inviter des personnes à découvrir leur ville par le spectre d’œuvres artistiques et urbaines, c’est aussi permettre de découvrir sa ville dans son intégralité, prendre connaissance de nouveaux lieux, apprendre à se repérer, etc. Dans la même optique, effectuer des visites sur des lieux d’exposition permet pour certains participants de découvrir la Capitale, de prendre le RER, le métro, de s’efforcer à se repérer en dehors de leur quartier de résidence.
Les ateliers de Siana sont développés via une dynamique collaborative, afin de dépasser le rapport « élève / « référent » et accentuer l’écoute et l’entraide. Ce dispositif circulaire permet ainsi de lutter contre les barrières de compétences créées par le numérique et de montrer que les technologies peuvent également se définir comme des objets qui simplifient et transforment notre quotidien.


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