Éloge de la lumière

Jeudi 11 et vendredi 12 avril – de 10h à 17h
Maison des Syndicats
Gratuit et ouvert à tous

Pour aborder le lien intime entre voir et ce que voir veut dire, nous avons choisi un parcours qui passe par l’histoire de la lumière et de sa perception et les différents offices de la lumière dans les Arts.

Ces deux journées Éloge de la lumière sont proposées par le Festival Siana et la conceptrice lumière (paysagiste et éclairagiste) Annie Leuridan. Ces rencontres explorent et analysent notre relation contemporaine à la lumière à travers le médium artistique. Elles ont fait l’objet d’une première version présentée en décembre 2011 à La Condition Publique, à Roubaix. Ces rencontres se destinent principalement (mais pas exclusivement) aux professionnels du spectacle vivant, des arts plastiques et de la culture. L’accent est mis sur les approches artistiques émergentes, en pointant aussi le fait que les nouveaux rapports à la lumière et à l’éclairage sont portés par les possibilités offertes par le numériques (systèmes de pilotage, informatique ambiante), les technologies actuelles (Leds, matériaux électroluminescents, etc) et une préoccupation écologique croissante (pollution globale et qualité de vie collective). Les sujets sont abordés avec un souci du détail dans l’analyse de pratiques et technologies innovantes, tout en gardant un niveau de vulgarisation élevé (notamment grâce à des « expériences sensorielles » en direct avec le public et des projections de séquences vidéo) afin que tous, même des enfants, puissent assister à ces journées avec plaisir et curiosité.

« La lumière est notre quotidien. Tellement inscrite dans le rythme du temps et de l’espace que nous pourrions ne pas nous apercevoir comment elle agit sur les corps. La lumière naturelle est préalable à toute forme de vie, au même titre que l’eau et l’air. Sans lumière, pas de vie humaine sur notre planète. La lumière intervient aussi sur la perception physique de ce monde évolutif. Et influe sur la nature des regards subjectifs. Voir n’est pas regarder. La lumière physique permet de distinguer les objets, la lumière mentale permet de les organiser. » – Annie Leuridan

Jeudi 11 avril

Une histoire de la lumière, de l’Antiquité à l’aube du XXème siècle
par Bernard Maitte, Professeur émérite à l’Université de Lille 1
De 10h à 12h30

Analyse de l’évolution des idées sur la lumière, de l’influence des contextes dans lesquels se construit la science, les continuités et les ruptures qui caractérisent cette construction.

Résumé:

Les Grecs n’ont jamais voulu expliquer la lumière, mais rendre compte de la vision. Pour toutes les Ecoles, celle-ci résulte de l’action « du semblable sur le semblable ». La théorie la plus aboutie, celle d’Aristote, rend compte des couleurs, qu’il explique grâce à des considérations courantes chez peintres et teinturiers (elles sont des mélanges, le blanc est pur).Le concept physique de lumière naît au sein de la science en pays d’Islam : vers l’an mil, Ibn-al-Haytham, dans son « Discours de la lumière » expose une méthode nouvelle –l’expérimentation – et propose une représentation corpusculaire.A partir du XIIème siècle, les clercs médiévaux s’approprient les connaissances venant des pays d’Islam. Ils le font en privilégiant la volonté d’accorder Foi et Raison. Ce nouveau développement de la rationalité ouvre la voie à plusieurs pistes antagonistes : au XIIIème siècle Robert Grossetête met au point une conception « ondulatoire » de la lumière, Thomas d’Aquin en fait un état de nature céleste, Witelo préfère retenir les conclusions d’Ibn al Haytham. Avec la fin du Moyen-Age et la Renaissance, on assiste à une migration des centres de savoirs : la « science des mécènes » devient profane et privilégie le compter et le mesurer, introduit en Occident la méthode expérimentale. Kepler explique le fonctionnement des « lentilles de verre » et adopte une représentation mystico-matérielle de la lumière. Descartes distingue les aspects physique, physiologique et psychologique de la vision et contribue à la naissance d’une science nouvelle, qui explique l’œuvre divine en termes de mécanique. Newton, expérimentant sur les couleurs, découvre (1666) que le blanc est mélange, les couleurs pouvant être pures. Ces conceptions, qui renversent des conceptions vieilles de deux mille ans, sont d’abord refusées par ses contemporains. Une lutte farouche se déclenche entre les partisans d’une conception corpusculaire de la lumière (Newton) et ceux qui en font des ondes se propageant dans un espace empli d’éther. Tour à tour ces conceptions dominent et semblent s’imposer. Cette lutte caractérise l’évolution de la physique jusqu’au milieu du XIXème siècle. Alors, la mesure de la vitesse de la lumière semble faire triompher définitivement la conception ondulatoire. Maxwell (1864) donne de la lumière une représentation électromagnétique, unit par ce geste fondateur trois branches de la science jusque là séparées. Les progrès de l’instrumentation permettent alors de comprendre le fonctionnement de la rétine. Bientôt, la naissance de la  physique quantique, au début du XXème siècle, viendra remettre en cause les convictions les mieux établies : la lumière est constituée de photons qui ne sont ni ondes ni corpuscules. Mais ceci est une autre histoire…

Bibliographie

Bernard MAITTE, La lumière, Points Sciences – Seuil – 1981 – rééd. 1986 – 1990 – 2002 Bernard MAITTE, Histoire de l’arc-en-ciel , Paris, Seuil, Science ouverte, 2005

La lumière dans le paysage
par Marc Dumas

De 14h à 17h

Marc Dumas est éclairagiste et plasticien. il est membre de l’association des concepteurs lumière et éclairagistes indépendants français (a.c.e.).

Vendredi 12 avril

Arts vivants : pour une dramaturgie de l’espace, la lumière comme langage
Par Yves Godin
De 10h à 12h30

Yves Godin est un créateur lumière. il collabore depuis les années 90 avec de nombreux chorégraphes, musiciens et artistes visuels. sa démarche porte sur l’idée d’une lumière non dépendante de la danse, de la musique ou du texte mais qui puisse entrer en résonance avec les autres composantes de l’acte scénique. Aujourd’hui, il collabore principalement avec Vincent Dupont et Boris Charmatz

Arts plastiques : la lumière comme matière même de l’œuvre
De 14h à 17h

Avec Florence Carbonne, Tomek Jarolim et Flavien Théry

Florence Carbonne est plasticienne.

 » Il ne se donne point de visible sans lumière
Il ne se donne point de visible sans moyen transparent
Il ne se donne point de visible sans terme
Il ne se donne point de visible sans couleur
Il ne se donne point de visible sans instrument.  »
Nicolas POUSSIN à Monsieur de Chambray, Rome, 1er mars 1665.

Florence Carbonne vit et travaille à Toulouse. Diplômée de l’école supérieure des beaux-arts d’Angoulême, elle a également étudié à l’école nationale des arts décoratifs de Limoges et a obtenu une Licence en Arts Plastiques à l’Université de Toulouse le Mirail. Elle a participé au sein du collectif toulousain ALaPlage (ALP) pendant une dizaine d’années à plusieurs expositions en France et à l’étranger.Florence Carbonne construit de vastes installations comme à Lectoure, en 2007, dans le cadre de L’été photographique. En 2006, le musée Calbet de Grisolles lui a donné une carte blanche dans le cadre de La Nuit des Musées, ainsi que le festival Accè(s) en 2007 autour des arts électroniques ou encore, en 2008, la galerie Sainte Catherine de Rodez, ou encore pour la Semaine Internationale des Arts Numériques et Alternatifs au Théâtre National d’Evry en 2009. En 2005, son travail a fait l’objet d’une commande publique pour la Maison de l’archéologie de l’Université Michel de Montaigne de Bordeaux. Sur une invitation en résidence au Québec dans le cadre du Symposium Sentier Art3 elle a réalisé une installation pérenne en pleine forêt canadienne. Dès 2007, l’artiste associe à ses créations le mouvement et l’intervention du corps en invitant ponctuellement une danseuse – chorégraphe sur des performances. Et depuis l’exposition « Le Pavillon » en Novembre 2011 pour Les Embarcadères Saison culturelle en Pays Montalbanais à Grisolles, et notamment plus fortement, après sa résidence de deux mois pour son installation « Smog » à Ecole Nationale d’Aviation Civile (ENAC) de Toulouse, son travail a pris une dimension supplémentaire avec celle du son.Depuis plusieurs années, le travail plastique de l’artiste Florence Carbonne se déploie dans de vastes installations interrogeant la notion d’espace et le rapport de l’œuvre à son public. Ces dispositifs s’appuient sur les caractéristiques historiques, architecturales et environnementales d’un lieu, ainsi que les rencontres humaines, techniques, événementielles qu’il suscite… Avec un minimum de moyens, elle propose une relecture sensible des lieux. Pour la mise en place de ces dispositifs, elle utilise des matériaux manufacturés détournés de leur usage premier. Ces environnements invitent le public à s’y immerger le temps d’une expérience sensorielle personnelle, à la fois sensible et déroutante.En redessinant ainsi les espaces investis, l’artiste tente de créer, pour reprendre la formule de Michel Foucault, des hétérotopies, des espaces concrets, en marge du réel et dans un rapport nouveau au temps, qui hébergent et provoquent l’imaginaire. Grâce à ses installations englobantes, elle offre, de manière palpable, l’expérience de ces hétérotopies, construisant des îlots fantomatiques de « bouts de ficelle », reproduisant l’utopie d’un monde sensible.

Tomek Jarolim est artiste plasticien et designer d’interaction. Ses dispositifs, sous forme d’installations interactives et génératives, interrogent aussi bien le statut du regardeur que le regardable lui-même, à travers une recherche sur la perception de la lumière numérique et de la couleur du pixel. En 2008, il transpose pour la première fois cet univers pour Shades of White, une création de danse contemporaine conçue avec Bruno Péré dans le cadre du festival Les Affluents du Ballet Preljocaj – Pavillon Noir, Centre Chorégraphique National. Il part ensuite à la School of the Art Institute à Chicago, où il se concentre sur un travail sonore, Ut Queant Laxis, chorégraphié par Beth Jucovy pour le festival Innovation in Dance à New York. En 2009, il expose Invisibles à la 14e Biennale des Jeunes Créateurs d’Europe et de la Méditerranée à Skopje, qui lui permet d’aborder un travail plus sensoriel, qu’il poursuit au sein du programme Diip d’EnsadLab, laboratoire de recherche de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Il y développe des recherches concernant les lumières interactives avec Annie Leuridan, notamment avec Diffraction et Fermer les Yeux, présentés au FabFest 2012 à la Gaîté Lyrique, ou lors de l’exposition Leurs Lumières au Centre Culturel de Rencontre de l’Abbaye de Saint-Riquier.

Tomek Jarolim continue ses explorations quant aux lumières, lors de diverses résidences : lumière des étoiles dans le cadre une résidence à l’Observatoire de Haute Provence/CNRS, et lumières numérique, traditionnelle ou théâtrale au sein du résidence au Théâtre de l’Agora – Scène Nationale d’Évry et de l’Essone. Après avoir présenter Fermer les Yeux lors de l’exposition Extra-Lucides, cette résidence permet la création in-situ de ColorBirds, avec Fumika Sato, pour l’exposition Tigres de Papier.

Parallèlement, il collabore à des projets tels que Fenêtre Augmentée de Thierry Fournier au Centre Pompidou et au Fort Lagarde de Prats-de-Mollo, Discontrol Party de Samuel Bianchini à la Gaîté Lyrique ou Browse by Motion, une installation de l’IRI (Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou) avec Thierry de Mey dans le cadre de Futur-en-Seine. En 2011, il signe la création numérique de Ring Saga, opéra mis en scène par Antoine Gindt d’après L’Anneau du Nibelung de Richard Wagner, projet pour lequel il travaille ensuite sur une « rêverie » axée sur un personnage majeur, intitulée Wanderer Post-Scriptum.

Flavien Théry est artiste plasticien. Diplômé de l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, il vit et travaille à Rennes. Sa démarche s’articule autour de l’utilisation de la lumière, naturelle ou artificielle, comme médium de l’oeuvre. Il crée ainsi des objets et installations qui sont autant de dispositifs autorisant un travail de sculpture de la lumière. Celle-ci est envisagée comme une  entité mystérieuse, dont l’essence continue de nous échapper :  Procédant d’une double nature, à la fois onde et particule, immatérielle et matérielle, phénomène physique indépendant et sensation purement intime, la lumière qui habite ses œuvres peut être vue comme  signe de présence, ici et maintenant, d’une énergie rendue visible, qui constituerait une image de l’être, de ce qui peut s’éteindre… Mais si elle nous dit intensément l’instant présent, elle nous parle aussi de l’ailleurs, en nous reliant au passé comme au futur. Certains de ses projets récents semblent ainsi chercher à révéler les histoires alternatives, passées ou à venir, qui seraient contenues -ou en germe- dans la lumière de l’instant, telle l’installation : Les possibles, réalisée dans le cadre des Ateliers de Rennes – Biennale d’Art Contemporain 2010. Par ailleurs, un projet tel que : Intuition, réalisé en collaboration avec Stephan Kubsky et Pierre Dhez, physiciens au Synchrotron Soleil, à l’occasion de La Science de l’Art 2011, nous donne à penser une forme d’intelligence à l’oeuvre au sein-même d’un phénomène lumineux.